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« C’était déchirant » : au Soudan, des femmes et agentes de santé racontent avoir fui El Fasher

calendar_today09 Janvier 2026

Un groupe de femmes portant des vêtements colorés à motifs, dont certaines tiennent des enfants, sont assises en cercle dans une tente aux parois blanches
Le déplacement a apporté son lot de nouveaux risques en matière de santé et de protection pour les femmes fuyant El Fasher, dans l’état soudanais du Darfour du Nord. © UNFPA Soudan/Sufian Abdulmouty

ÉTAT DU DARFOUR DU NORD, Soudan – « À El Fasher, je ne pouvais faire aucune consultation médicale, car il ne restait aucun hôpital à proximité », explique Zainab, 26 ans, enceinte durant le siège brutal de la capitale du Darfour du Nord, qui a duré 18 mois. 

Lors de ce blocus, les femmes et les filles ont subi des bombardements incessants et une forte hausse de la violence sexuelle, tout en étant coupées de toute assistance humanitaire. Alors que les établissements de santé étaient constamment attaqués, les médicaments sont venus à manquer, les femmes enceintes ont accouché sans personnel qualifié et les survivantes de viol n’ont pas pu bénéficier de soins médicaux.

La crise s’est intensifiée en octobre 2025, lorsqu’El Fasher est tombée aux mains des Forces de soutien rapide.

« Nous avons creusé des tranchées pour nous y cacher et nous y abriter », raconte Rania, 22 ans, qui était aussi enceinte à ce moment-là. « Il y avait des bombardements tous les jours. »

Plus de 107 000 personnes, dont une majorité de femmes et d’enfants, ont fui El Fasher comme elles pouvaient, sans aucun moyen de transport, sans nourriture et sans argent. Rania et Zainab faisaient partie de ces milliers qui ont rallié Al Affad, un site pour personnes déplacées surpeuplé, où les soins et la sécurité restent inaccessibles.

En cours de route, Rania s’est effondrée d’épuisement et a vu des femmes accoucher au bord du chemin. « C’était déchirant et très angoissant. » Lorsque la jeune femme est arrivée au camp d’Al Affad, elle a été précipitamment transportée à la maternité voisine d’Al Dabbah, et a accouché par césarienne.

Zainab a été accueillie de la même manière au camp : « j’attendais qu’on m’attribue une tente, mais j’ai d’abord accouché », précise-t-elle à l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence de l’ONU chargée de la santé reproductive. 

Des soins de santé en crise

Debout devant une tente blanche, sur un sol de terre battue, une femme vêtue de blanc sourit en serrant la main à une autre femme, que l’on voit de dos
Madina, sage-femme, a fui depuis El Fasher vers l’État du Nord et travaille désormais au sein d’une équipe médicale soutenue par l’UNFPA, dans une clinique du camp d’Al Affad. © UNFPA Soudan/Sufian Abdulmouty 

Les agentes de santé racontent elles aussi la terreur de ces longs mois de siège. Madina Bashir, qui est sage-femme, a été confinée avec 65 autres femmes dans une mosquée d’El Fasher pendant presque un an. « Pendant plusieurs jours, nous n’avions ni nourriture ni eau. Nous avons survécu en buvant de l’eau de pluie et en mangeant les plantes qui poussaient dans la cour », raconte-t-elle. 

« Lorsque la mosquée a été prise d’assaut, ils ont emmené tous les hommes et ont forcé les femmes à sortir pieds nus. Certaines étaient enceintes, et l’une d’elles a dû accoucher sur la route car nous n’avons pas pu trouver de soins à temps. »

Ikhlas Ahmed Abdallah Adam, obstétricienne et mère de trois enfants elle-même déplacée, ajoute elle aussi son récit du blocus : « entre ma maison et la maternité de Saudi [où je travaillais], il y avait plus de 100 bombes qui tombaient par jour. Je restais dormir à l’hôpital, parce qu’en rentrant chez soi on pouvait se faire bombarder. Beaucoup de mes collègues ont trouvé la mort de cette façon. »

 « Une femme a dû accoucher sur la route car nous n’avons pas pu trouver de soins à temps » – Zainab 

Avec ses collègues, elles ont dû prendre des mesures désespérées. « Nous avons travaillé avec des morceaux de draps et de moustiquaires, nous avons fait tout ce que nous pouvions. Nous faisions des interventions telles que des amputations en dehors des salles d’opération. »

Leur détermination n’a jamais faibli, cependant. « Si une frappe atteignait un marché ou un quartier, le personnel médical devait donner du sang car nous n’avions rien sous la main… Pendant ce temps, l’hôpital aussi était touché. »

Déplacées mais dévouées

Une agente de santé en blouse blanche portant le logo de l’UNFPA sur la poche, et coiffée d’un foulard marron, est assise dans une tente aux parois de tissu à motifs vert et rouge.
La Dr Ikhlas est obstétricienne et déplacée depuis El Fasher, et travaille désormais au sein d’une équipe médicale de l’UNFPA au camp pour personnes déplacées d’Al Affad, dans l’État du Nord (Soudan). © UNFPA Soudan 

Aujourd’hui, Mme Bashir et la Dr Ikhlas sont l’une comme l’autre déplacées, mais continuent à travailler. Elles ont toutes deux rejoint des équipes médicales de l’UNFPA à Al Affad.

Farha Ahmed a rencontré la Dr Ikhlas après avoir passé une semaine à fuir El Fasher à pied, enceinte et portant sa fille de trois ans. 

« Nous n’avions personne. Le père de mes enfants, mon père et mes frères ont tous été tués », déclare-t-elle à l’UNFPA. « J’étais épuisée… Lorsque je suis arrivée, j’étais assise en pleine chaleur, sous le soleil, sans rien et sans nourriture. La Dr Ikhlas m’a trouvée et m’a amenée à la maternité d’Al Dabba. »

  « Le personnel médical devait donner du sang car nous n’avions rien sous la main » – Dr Ikhlas

Grâce à la Dr Ikhlas, Mme Ahmed a passé 11 jours à dans cet hôpital soutenu par l’UNFPA, où elle a accouché. « Elle m’a apporté tout ce dont j’avais besoin », précise Mme Ahmed. « Elle est restée avec moi tout du long, et même après ma sortie elle a continué à me suivre, jusqu’à ce qu’elle m’amène ici [à la clinique]. »

Soutenir des services vitaux

Un groupe de personnes se tient sur une route poussiéreuse, autour d’un pick-up blanc, plein à craquer de valises et autres affaires personnelles
Des personnes arrivent dans le camp d’Al Affad, dans l’État du Nord, ayant fui les violences faisant rage à Tawila, dans le Darfour du Nord. © UNFPA Soudan/Sufian Abdulmouty 

L’UNFPA continue à travailler dans l’État du Nord en renforçant les soins obstétricaux d’urgence à la maternité d’Al Dabbah et en gérant une clinique de santé reproductive dans le camp pour personnes déplacées d’Al Affad. Des équipes de sages-femmes itinérantes sont également déployées, et des formations sont proposées aux sages-femmes communautaires et aux prestataires de santé sur la prise en charge clinique des cas de viol. 

« Les médecins qui ont dû quitter El Fasher font face à de nombreuses difficultés », explique la Dr Ikhlas. « Mais nous continuons à travailler et à aider les gens. C’est un travail humanitaire que nous effectuons ici. »

Si ces interventions permettent d’empêcher des décès et de soutenir les survivantes, sans financement accru d’urgence et sans accès immédiat, les femmes et les filles perdront la possibilité de bénéficier de soins vitaux au moment où elles en ont le plus besoin. Après mille jours de guerre, près des deux tiers de la population a désespérément besoin d’aide humanitaire.

L’UNFPA appelle à des financements de 4,8 millions de dollars afin de fournir des services de santé reproductive et de protection pour répondre à la crise qui sévit à El Fasher. Fin novembre dernier, cet appel n’était financé qu’à un peu plus du quart.

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