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En Ukraine, les femmes enceintes et les nouveau-né·e·s sont les principales victimes des attaques contre les infrastructures essentielles

calendar_today10 Février 2026

Un nouveau-né est allongé dans une couveuse, entouré de matériel médical ; une lumière bleue baigne la pièce. Le bébé porte un bonnet blanc et une couche. Des fils et des tubes sont visibles autour du bébé et rattachés à des appareils à l’arrière-plan.
Un nouveau-né au Centre périnatal régional de Kyiv. ©UNFPA/Isaac Hurskin

KYIV, Ukraine – « Nous avions déjà commencé la chirurgie, une césarienne », raconte Nataliia Heints, médecin expérimentée au Centre périnatal régional de Kyiv. « Mais peu après le début de l’opération, il y a eu une coupure de courant. » 

C’était un matin glacial de janvier lorsque l’électricité a été coupée à Kyiv. Dans toute l’Ukraine, depuis plusieurs mois, des frappes ciblées de la Fédération de Russie ont coupé le courant, le chauffage et l’eau courante dans des millions de foyers, alors que les températures ont chuté à -20°C.

Dans la maternité, les agent·e·s de santé se sont battu·e·s pour garder les femmes et les nouveau-né·e·s en vie. L’éclairage de la salle d’opération, les systèmes d’oxygénation, les couveuses, le stockage des poches de sang – tout dépend d’une électricité stable, mais cela n’a pas arrêté les équipes médicales.

« Nous n’avons pas le droit de paniquer », déclare la Dr Heints à l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la Population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive. « Nous poursuivons notre travail. » 

Elle ne voulait pas que la patiente sur sa table d’opération ressente l’angoisse que peut provoquer une attaque contre une structure de santé. « Elle a vu que la lumière s’éteignait, mais c’est tout. Elle était concentrée sur la naissance de son enfant. »

Des familles face aux mêmes difficultés chez elles

 Une femme aux cheveux châtains mi-longs portant un sweatshirt bleu foncé à capuche est assise au bord d’un lit avec des draps blancs et une couverture bleu vif. Une fenêtre blanche est visible sur la gauche, laissant entrer de la lumière naturelle. Les murs sont recouverts d’un papier peint clair à motif
Iryna, une femme enceinte à la maternité de Kyiv. ©UNFPA/Isaac Hurskin 

L’électricité est essentielle pour maintenir la chaleur – et pour les bébés, la chaleur, c’est la survie. Dans l’unité néonatale, les médecins utilisent une couveuse de transport pour amener les bébés depuis la salle d’accouchement jusqu’aux soins intensifs afin de les protéger du froid.

 « Nous n’avons pas le droit de paniquer ; nous poursuivons notre travail » – Dr Heints

Les nouveau-né·e·s sont particulièrement vulnérables à l’hypothermie, car leur température peut chuter rapidement dans les quelques minutes qui suivent l’accouchement. Les équipes du centre racontent comment elles déploient une « chaîne thermique » de réchauffement, en coordonnant des couveuses mobiles et fixes, des chambres chauffées et des couvertures supplémentaires, afin de maintenir une température stable, en particulier chez les bébés prématurés.

Les coupures de courant menacent cependant cette chaîne, et cela ne cesse pas une fois mère et enfant de retour à la maison. Iryna, qui est enceinte de son deuxième enfant, explique : « à cause des coupures d’électricité, nous n’avons pas de courant qui peut prendre le relais, et la maison n’a pas le temps de se réchauffer. Elle se refroidit aussi très vite. »

Sa solution est la même que pour la plupart des gens en Ukraine cet hiver : accumuler les couches de vêtements, improviser, endurer la situation. « Nous nous couvrons au maximum. Nous essayons de rester au chaud. »

Dans les salles d’accouchement, le stress est apparent

 Un gros plan sur un appareil médical montre un écran digital affichant « 34.7 » et le mot « OFF » à plusieurs endroits. L’écran de contrôle porte le logo « ATOM ». À droite de l’écran, on distingue un bébé dans une couveuse, enveloppé d’une couverture à motif de couleurs claires.
Une couveuse mobile dans une maternité de Kyiv, en Ukraine. ©UNFPA/Isaac Hurskin 

Qu’il s’agisse des déplacements fréquents ou de la perturbation des services, les agent·e·s de santé racontent comment la guerre influence les tendances des naissances en Ukraine et provoque des complications. Les taux de naissances prématurées ont augmenté, ce que les médecins attribuent à un stress aigu et prolongé : dans les zones de première ligne, ces taux sont deux fois supérieurs à la moyenne nationale. 

Ils et elles constatent de plus en plus d’urgences obstétricales dangereuses, notamment de l’hypertension et des ruptures utérines, qui sont symptomatiques d’un système de santé maternelle sous forte pression.

Dans de tels contextes, une électricité fiable est essentielle aux soins, car elle dicte la possibilité pour un système de santé submergé de prendre en charge les complications, alors que les femmes et les nouveau-né·e·s sont en situation d’extrême vulnérabilité.

Les médecins et le personnel infirmier d’Ukraine font tourner les hôpitaux

Une femme en blouse blanche est debout dans une salle aux murs carrelés de blanc, faisant un geste avec la main droite. Sur la gauche de la photo, on voit deux grandes unités blanches fixées au mur, portant le logo « TESLA ». On voit aussi un texte affiché au mur en écriture cyrillique
La Dr Nataliia Heints près du convertisseur du Centre périnatal régional de Kyiv. ©UNFPA/Isaac Hurskin 

Le système de santé ukrainien a dû s’adapter, grâce à des soins innovants, à des garde-fous improvisés, et au dévouement sans faille de son personnel. La Dr Heints décrit cette période comme la plus difficile depuis le début de l’invasion russe, que ce soit sur le plan émotionnel ou physique.

« Nous sommes aussi des êtres humains. Nous souffrons, nous aussi. Mais nous devons continuer » – Dr Heints

Après des gardes intenses et très longues, les agent·e·s de santé retrouvent des appartements où il peut également ne pas y avoir de lumière, de chauffage, ni d’eau courante. « Malgré le mauvais temps, les bombardements ou les alertes aériennes, nous devons quand même nous mobiliser et aller au travail, et laisser nos enfants ou petits-enfants à la maison », explique la Dr Heints. 

« Et lorsque nous arrivons, nos patientes ne doivent pas voir notre anxiété. Car nous ne sommes pas responsables uniquement de nous-mêmes, mais de la vie des autres. »

Ce fardeau est double, cependant. 

« Nous sommes aussi des êtres humains. Nous avons nos propres enfants et nos propres familles », précise-t-elle. « Nous tombons malades, nous aussi. Nous avons peur, nous aussi. Nous souffrons, nous aussi. Mais nous devons continuer. »

S’adapter pour éviter l’effondrement

Une jeune femme est debout, souriante, dans une chambre d’hôpital lumineuse, et regarde l’objectif. Elle porte un peignoir clair et s’appuie sur le rebord d’un berceau dans lequel on voit un bébé, recouvert d’une couverture rose. Derrière elle, on voit un lit à la couverture bleue, et à l’arrière-plan, par la fenêtre, une cheminée industrielle rayée de rouge et de blanc
Une mère avec son nouveau-né, à la maternité régionale de Kyiv. ©UNFPA/Isaac Hurskin 

Avec l’aide de l’UNFPA, le centre périnatal a construit un système électrique de secours à plusieurs niveaux, qui comporte notamment des panneaux solaires et un générateur d’urgence, afin que le courant puisse être maintenu suffisamment longtemps pour poursuivre les opérations d’urgence quand le réseau est paralysé, et pour que les patient·e·s les plus vulnérables reçoivent l’aide nécessaire pour rester en vie.

Cela fonctionne en grande partie, mais c’est très coûteux : ces systèmes sont destinés à être des relais et non des substituts permanents. Même lorsqu’ils fonctionnent, ils sont une contrainte opérationnelle supplémentaire, car ils nécessitent du carburant, des batteries qui fonctionnent, de l’équipement et du personnel.

Dans l’économie de guerre de l’Ukraine, les hôpitaux sont généralement déjà submergés. Bien que le gouvernement leur donne la priorité pour recevoir du carburant et du matériel, les contraintes financières gigantesques imposent le don de la plupart du matériel énergétique du pays par des gouvernements étrangers. 

L’UNFPA soutient également d’autres maternités dans tout le pays en leur fournissant des systèmes électriques de secours et un approvisionnement constant en produits essentiels de santé sexuelle et reproductive. Pourtant, alors que l’hiver s’intensifie et que le réseau électrique reste une cible, les expert·e·s préviennent que les maternités ne peuvent garder les lumières allumées, chauffer les couveuses, faire circuler l’oxygène et préserver la chaîne thermique qu’avec le soutien continu de la communauté internationale.

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