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Du MP aux vœux : 5 manières dont les réseaux sociaux modifient le mariage d’enfants

calendar_today11 Février 2026

Trois filles sont assises dehors, devant un bâtiment endommagé par un séisme. On voit des fissures dans les murs. Les trois filles sourient et discutent ; celle qui est à gauche de la photo tient un téléphone portable.
Des filles au Népal après un séisme en 2023. L’UNFPA a découvert qu’après le séisme de 2015 au Népal, les mariages d’enfants ont connu une augmentation, dans laquelle l’accès aux réseaux sociaux a joué un rôle central. © UNFPA Népal

NATIONS UNIES, New York – Alors que le monde devient numérique, c’est aussi le cas de la pratique très ancienne du mariage d’enfants. 

Bien qu’Internet diffuse des informations sur les droits humains directement sur les écrans et que de nombreux pays adoptent des mesures pour punir le mariage d’enfants, cette pratique persiste dans le monde entier. Plus de 500 millions de femmes et de filles en vie aujourd’hui sont ou ont été des épouses-enfants. Parmi les jeunes femmes de 20 à 24 ans, une sur cinq a été mariée avant d’avoir eu 18 ans.

Cela ne signifie pas que le mariage d’enfants se fait de la même façon qu’avant. On a constaté des progrès graduels dans l’élimination du mariage d’enfants, car il y a une dizaine d’années, une femme sur quatre était mariée avant ses 18 ans. La technologie joue un grand rôle dans ces phénomènes, qu’il s’agisse pour les filles de se marier ou de ne pas le faire. 

Nous vous présentons cinq manières dont la technologie a profondément modifié le mariage d’enfants et comment nous pouvons l’utiliser pour y mettre fin définitivement.

1- Les mariages d’enfants s’organisent de plus en plus en ligne, en particulier via les réseaux sociaux.

Nous ne disposons pas de beaucoup de données sur la présentation des époux et épouses, mais celles que nous avons montrent une forte tendance aux relations initiées sur Internet ou sur les réseaux sociaux. En 2020, l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive, a lancé une étude sur le mariage d’enfants dans les contextes humanitaires – qui sont avec la pauvreté et les persécutions l’un des principaux facteurs du mariage d’enfants. L’étude s’est penchée sur environ 1 400 adolescent·e·s du Népal dans deux districts touchés par un séisme dévastateur en 2015. Parmi celles et ceux qui ont été marié·e·s étant enfants, un tiers déclarent avoir rencontré leur partenaire sur les réseaux sociaux, qui est ainsi le moyen le plus courant de se rencontrer.

« Notre génération [demandait] généralement la main de la jeune fille. Aujourd’hui, cela se passe sur Facebook », explique à l’équipe de recherche une mère du district népalais de Sindhupalchowk.

Il ressort également que les rencontres faites sur les réseaux sociaux débouchent sur des unions à un âge plus précoce que dans le cadre de celles qui sont arrangées par la famille.

Une récente étude de Plan International a également noté qu’en Asie et en Amérique latine, « les filles rapportent systématiquement avoir rencontré leur futur mari sur des plateformes de réseaux sociaux ».

Des femmes et des filles sont assises à des bureaux dans une pièce aux murs de briques. Sur les bureaux se trouvent des ordinateurs et des écrans. Au mur, on voit une banderole portant des logos, dont celui de l’UNFPA.
Des femmes et des filles assistent à un cours de compétences numériques soutenu par l’UNFPA, à Bangui (République centrafricaine). Les jeunes expliquent souhaiter que leurs parents, leurs enseignant·e·s et les autres décisionnaires comprennent mieux le monde numérique, à la fois ses risques et ses avantages.

2- Les parents et les communautés ne sont pas bien au fait de l’utilisation de la technologie par les jeunes.

Tandis que les adultes ont tendance à considérer leur vie en ligne comme une vie distincte, la frontière est beaucoup plus floue pour les jeunes. C’est en ligne qu’ils et elles forment leurs opinions, forgent leurs amitiés et construisent parfois toute leur identité – un paramètre que les parents, les enseignant·e·s, les forces de l’ordre et les décisionnaires politiques n’ont pas encore bien intégré. Ces adultes ne sont donc pas assez bien informé·e·s pour guider les jeunes ou les protéger des dangers numériques qui émergent. 

« Le monde numérique a changé la manière dont nous percevons les relations. Parfois, on se sent proche de quelqu’un simplement parce qu’on interagit en ligne avec cette personne, alors qu’en réalité la relation est moins solide », précise à l’UNFPA une jeune femme de Bangui (République centrafricaine). 

« Certain·e·s adultes dans ma vie ont tenté de me protéger des comportements violents en ligne […] mais ce qui nous aiderait vraiment, ce serait qu’on ne nous interdise pas des choses, qu’on ne nous critique pas, mais que ces adultes essaient de comprendre les plateformes que nous utilisons, discutent avec nous lieu de nous faire la leçon, et nous aident à trouver un bon équilibre entre la liberté et la sécurité en ligne. »

En réalité, les adultes rejettent souvent la faute sur la technologie elle-même au lieu de tenter de comprendre les dynamiques sociales en ligne. Dans les camps pour personnes rohingyas déplacées au Bangladesh, par exemple, des parents ont interprété la communication de leurs enfants via mobile et réseaux sociaux avec des personnes du sexe opposé comme le signe qu’ils ou elles étaient prêt·e·s pour le mariage.

« Ces enfants ont pris le mauvais chemin », a déclaré un·e responsable au Népal, « et ont mal utilisé la technologie ».

3- Les jeunes sont plus libres qu’avant en ce qui concerne le choix de leur partenaire, mais ce choix est toujours conditionné par les préjugés et les inégalités entre les genres.

Certains signes montrent que l’aisance des jeunes avec la technologie change certaines normes sociales fondamentales. Ainsi, les communautés rapportent que lorsque les adolescent·e·s rencontrent leur partenaire en ligne, ils et elles sont plus susceptibles de suggérer le mariage. De ce fait, les jeunes qui se rencontrent en ligne ont plus de chances de procéder à ce qu’on appelle communément un « mariage d’amour » qu’à un mariage arrangé. 

Selon les chercheurs et chercheuses, beaucoup rejettent aussi les traditions qui entourent les dots.

Ces changements ne représentent pourtant pas un rejet total des valeurs traditionnelles. Ils sont en réalité souvent la réponse à des normes de genre très ancrées et très inégalitaires, comme l’idée que plus les filles sont jeunes, plus elles sont faciles à marier, ou que les relations avant le mariage (qu’elles aient ou non une composante sexuelle) sont une menace pour la réputation de la jeune fille ou celle de sa famille.  

La technologie n’a pas non plus réduit la vulnérabilité des filles face aux comportements prédateurs : « les filles “choisissent” souvent de se marier par illusion de l’amour et de la sécurité que leur promettent en ligne des partenaires bien plus vieux », rapporte Plan International. De plus, un grand nombre de filles et de garçons qui se marient avant d’avoir atteint l’âge adulte cherchent aussi à échapper à des négligences, à de la violence ou à une insécurité dans leur foyer, a constaté l’UNFPA dans de nombreux pays

Ces mariages ne conduisent pas non plus toujours à la liberté que ces adolescent·e·s cherchent : les épouses-enfants sont plus vulnérables aux violences domestiques ou au sein du couple. Elles sont plus susceptibles d’abandonner leur scolarité, de tomber enceintes de manière précoce, voire de mourir. Les garçons mariés avant 18 ans, même s’ils sont beaucoup moins nombreux, font aussi face à des conséquences négatives telles que de fortes responsabilités économiques.

Gros plan sur les mains d’une femme qui tient une délicate fleur blanche. À l’arrière-plan, une autre femme tient elle aussi une fleur blanche.
Dans un espace sûr de Homs (Syrie), des femmes discutent des effets néfastes du mariage d’enfants auxquels elles ont été confrontées. Une femme témoigne : « je pensais que le bonheur, ça n’était pas pour moi, vu toutes les violences que j’avais subies. » © UNFPA Syrie/Alaa AlGhorra 

4- Alors que la technologie rend possibles de nouvelles formes d’intimidation et d’exploitation, le mariage forcé est toujours perçu comme une manière de « préserver l’honneur ».

Si les technologies créent de nouvelles possibilités de lien social et de relations amoureuses, elles créent également de nouveaux outils de harcèlement sexuel, de violence et d’exploitation. 

« Sur Instagram, un type louche de 40 ans a tenté de me convaincre de sortir avec lui », déclare une jeune femme syrienne de 18 ans à l’UNFPA. « J’ai fini par le bloquer […] mais il a continué à me contacter via d’autres comptes. »

La fraude et les faux profils sont très répandus également. « Je suis tombée amoureuse de quelqu’un en ligne, mais au bout d’un moment, il s’est avéré que ce n’était pas une vraie personne, qu’elle n’avait aucune existence réelle », raconte une jeune femme d’Aden (Yémen) à l’UNFPA. 

Les jeunes peuvent souvent se faire convaincre de partager des photos intimes avec leurs contacts. Même des photos innocentes peuvent être transformées en deepfakes pornographiques grâce à l’IA. 

Malheureusement, ce type de violence basée sur le genre facilitée par la technologie n’est que rarement poursuivie en justice. Au contraire, c’est souvent la victime qui en subit les conséquences, qui peuvent notamment être le mariage d’enfants. 

« J’ai vu et entendu des choses très préoccupantes dans ma communauté qui sont arrivées à cause des réseaux sociaux », affirme un Syrien de 22 ans à l’UNFPA. 

« La jeune fille apprend à connaître un jeune homme, et une fois qu’il a gagné sa confiance, [elle] lui envoie des photos standard ou inhabituelles d’elle-même, puis il les publie […] il est possible que la jeune fille soit ensuite tuée par sa famille sous prétexte de préserver son honneur ou bien, dans le meilleur des cas, qu’elle soit mariée alors qu’elle est encore mineure. »

Cinq jeunes femmes et un jeune homme sont assis·e·s autour d’une table près d’une étagère remplie de livres. L’une des jeunes filles a un ordinateur portable.
Les jeunes comptent souvent sur leurs camarades pour gérer les problèmes qu’ils et elles ne pensent pas pouvoir évoquer avec les adultes et figures d’autorité dans leur vie. Ici, au Paraguay, un groupe de pair-aidance soutenu par l’UNFPA gère la ligne d’assistance téléphonique EIS De Par a Par, qui donne des informations sans jugement aux adolescent·e·s qui appellent. © UNFPA Paraguay/Mario Achucarro 

5- La technologie est aussi essentielle pour empêcher le mariage d’enfants.

Tandis que les parents, enseignant·e·s et décisionnaires politiques prennent conscience des dangers de la technologie, leur réaction est souvent d’empêcher les jeunes d’accéder aux outils numériques, ce qui coupe les adolescent·e·s de tout un monde d’opportunités et de liens dont ils et elles dépendent désormais.

« Mes parents ont tenté de me protéger en me disant de limiter mon temps d’écran et de “simplement ignorer” les trolls », explique une jeune femme de Tashkent (Ouzbékistan) à l’UNFPA. « J’aimerais bien qu’ils comprennent qu’Internet, ce n’est pas un monde séparé, imaginaire… Se contenter de “se déconnecter” n’est pas une option, car les espaces numériques sont des lieux où nous socialisons, où nous apprenons et où nous nous organisons. »

En réalité, ces espaces numériques offrent l’un des remèdes les plus puissants au mariage d’enfants : l’information. 

Les recherches de l’UNFPA au Bangladesh ont montré que 30 % des adolescent·e·s rohingyas réfugié·e·s interrogé·e·s avaient appris les dangers du mariage d’enfants sur les réseaux sociaux.

En Indonésie, les études ont souligné que l’accès à Internet peut aussi avoir un effet protecteur, mais uniquement avec le soutien de l’environnement familial. L’accès à Internet ne réduit pas en lui-même l’incidence du mariage d’enfants, il le facilite souvent. Cependant, le mariage est retardé lorsque les familles et les écoles s’intéressent à la vie en ligne des jeunes, en s’assurant que ces outils soient une source d’éducation plutôt qu’une voie d’exploitation.

Malheureusement, les adolescent·e·s rapportent recevoir plus d’aide les un·e·s des autres que de la part de leurs parents ou des responsables politiques. 

« Nous nous rappelons mutuellement que ce n’est pas notre faute », conclut la jeune femme de Tashkent. Les leaders doivent encourager les compétences numériques dans les écoles, soutient-elle, « en nous apprenant non seulement comment utiliser ces outils, mais comment rester en sécurité et être des citoyens et citoyennes respectueux·ses en ligne. »

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