NATIONS UNIES, New York – À travers le monde, les guerres s’abattent sur les systèmes précisément établis pour protéger les populations civiles : le personnel de santé, les hôpitaux, les centres médicaux et les ambulances sont ciblés dans des proportions terrifiantes.
Le nombre d’attaques contre les établissements de santé a doublé entre 2023 et 2024, et plus de 900 membres des services de santé ont été tués l’année dernière. L’année 2024 détient également le triste record du plus grand nombre de décès d’humanitaires, qui dévouent leur vie à soutenir les personnes les plus vulnérables dans de nombreuses crises. Pourtant, 2025 est sur le point de dépasser ces statistiques dramatiques à une vitesse alarmante.
Dans le même temps, le financement des œuvres humanitaires est en déclin et les services de soutien opérant depuis plusieurs dizaines d’années peinent à poursuivre leur travail. L’UNFPA a recueilli le témoignage de professionnel·le·s de santé et de patient·e·s ciblé·e·s par les tirs, victimes d’attaques lors de transferts vers les cliniques, mais également de celles et ceux à pied d’œuvre pour les sauver.
À Gaza, le système de santé est attaqué
« Alors que la salle d’accouchement était la cible directe des tirs, j’ai mis des bébés au monde dans les couloirs de l’hôpital », déclare à l’UNFPA Ayda, une sage-femme senior travaillant dans le nord de Gaza. Malgré les frappes aériennes incessantes et les déplacements à répétition, les sages-femmes de Gaza continuent de venir en aide aux femmes et aux nouveau-nés, bien souvent alors même qu’elles pleurent la perte de leur propre famille.
En raison des restrictions de déplacement et du manque prolongé de carburant et d’électricité, il est également plus difficile d’aider les plus vulnérables. « Pour avoir de la lumière, nous avons utilisé des téléphones portables », explique Ayda. « Malgré le manque de fournitures et d’eau, nos mains ont poursuivi le travail. La vie doit continuer même lorsque les bombes explosent. »

La guerre a dévasté le système de santé de Gaza et a privé des dizaines de milliers de personnes d’un accès aux services essentiels de santé reproductive, notamment en ce qui concerne la planification familiale, les soins prénataux, la prise en charge sécurisée des accouchements et les traitements obstétricaux d’urgence.
À présent que la famine s’installe, le nombre de fausses couches, de naissances prématurées et de bébés naissant à un poids inférieur à la normale a explosé, tandis que les décès néonataux, notamment dans les 24 heures suivant la naissance, sont en hausse.
Depuis octobre 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a enregistré plus de 720 attaques contre le système de santé à Gaza, ayant entraîné la mort d’au moins 1 580 agent·e·s de santé et l’arrestation et la détention d’un nombre à ce jour inconnu d’autres professionnel·le·s par Israël. Parmi ces victimes, Ayda a été tuée quelques jours seulement après avoir partagé son histoire, lors d’une frappe aérienne qui a également emporté 37 membres de sa famille.
Au Soudan, les accouchements se pratiquent malgré la désolation

« J’y ai pratiqué ma première opération et y ait vécu ma première naissance », se remémore Dr Khalid Badreldin, analyste en santé reproductive pour l’UNFPA au Soudan, sur un champ de ruines qui faisait auparavant partie de l’hôpital Ibrahim Malik, à Khartoum. « Maintenant, voilà dans quel état c’est. »
L’hôpital constituait un prestataire essentiel de services maternels et néonataux critiques et de traitement d’urgence, mais il a subi des dégâts tels qu’il a été totalement fermé. Plus de 80 % des établissements de santé situés dans les zones de conflit au Soudan ne fonctionnent désormais plus.
Malgré tout, l’UNFPA continue d’assurer des services de santé et de protection essentiels pour les femmes et les filles, tandis que les sages-femmes, les agent·e·s de santé et les équipes d’intervention mettent leur vie en danger pour prendre soin des plus vulnérables.
« À Khartoum, les sages-femmes prenaient des risques énormes pour se rendre chez les femmes », explique Hawaa Ismael, sage-femme au centre de santé Kararai financé par l’UNFPA, à Khartoum. « C’était éprouvant, de travailler jour et nuit, mais c’est notre devoir, et je suis fière de ce que nous avons accompli. »
À l’hôpital Al Dayat de Khartoum, Batoul*, sage-femme, ajoute : « Tous les cas de violence sexuelle étaient orientés ici. Nous étions constamment la cible de tirs d’obus et de mortiers, mais nous n’avons jamais cessé de travailler. »
De l’autre côté du pays, le personnel de la maternité El Fasher, soutenue par l’UNFPA, a été attaqué : une sage-femme a été tuée lorsque sa maison a été bombardée mardi, une autre a été kidnappée.
À Haïti, la crise sanitaire s’aggrave
Les cliniques et les hôpitaux ont été délibérément ciblés dans la crise qui secoue Haïti depuis 18 mois, affaiblissement davantage un système de santé déjà à genoux après des années de crises, de conflits, de pillages et d’effondrement financier.
Le personnel de l’UNFPA relate que le plus grand centre médical d’Haïti, l’hôpital de l’université d’État, a été attaqué à l’occasion de sa cérémonie de réouverture en décembre 2024, après 10 mois de fermeture. L’attaque a fait plusieurs victimes. Au cours du même mois, des gangs armés ont mis le feu à l’hôpital Bernard Mevs à Port-au-Prince, endommageant le bloc opératoire, l’unité pédiatrique, le service d’imagerie et les laboratoires. Des attaques menées de façon coordonnée par des gangs ont également contraint l’hôpital universitaire Mirebalais à fermer ses portes en avril 2025.

Des gangs organisés mènent également une campagne brutale pour prendre le contrôle de la capitale, usant de la violence sexuelle de manière effrénée. On estime à 1,2 million le nombre de femmes et de filles ayant besoin de toute urgence d’être protégées contre la violence basée sur le genre, mais en raison de la violence permanente, trois des quatre espaces sûrs de l’UNFPA basés à Port-au-Prince ont dû fermer leurs portes et déménager. Alors que l’accès aux services d’urgence reste extrêmement limité, seul un quart des survivantes de viol bénéficie d’une prise en charge dans le délai critique de 72 heures.
En Ukraine, les répercussions psychologiques sont lourdes

Pour les femmes et les filles en Ukraine, le stress de la guerre n’est jamais bien loin. Anastasiia vient de Sloviansk, sur la ligne de front de la région de Donetsk. À l’approche de son terme, elle a parcouru plus de 20 kilomètres pour se rendre au centre périnatal régional de Kharkiv.
« Les docteurs m’ont expliqué que notre région n’a pas d’unité de soins intensifs néonataux. Ils étaient en capacité de procéder à une césarienne et de commencer les soins, mais en cas de complications, ils n’auraient pas pu assurer une prise en charge complète », explique-t-elle à l’UNFPA, qui soutient le centre.
Kharkiv est régulièrement la cible de bombardements, de frappes de drones et de tirs d’artillerie, qui contraignent sa population à évacuer. Depuis janvier 2025, l’OMS a enregistré plus de 300 attaques menées par la Fédération de Russie contre des établissements, des services et du personnel de santé en Ukraine. Les femmes et les filles doivent en particulier souvent trouver des lieux plus sûrs pour s’abriter et accoucher.
« Chaque jour est stressant », témoigne Anastasiia. « Même sans frappe immédiate, les combats incessants à proximité font énormément de bruit… J’avais peur de mettre un enfant au monde, mais la vie continue. Nous aussi nous voulons vivre. »
Les équipes d’intervention opérant en cas de conflit risquent elles-mêmes bien souvent de se retrouver sous le feu ennemi. « Lorsque nous arrivons sur le site d’une attaque ou d’un acte violent, nous n’avons pas le temps de ralentir », explique Roman, qui travaille au sein d’une équipe d’aide psychosociale mobile de l’UNFPA à Dnipro. « C’est comme si nos propres réactions étaient suspendues. Ce n’est que dans un deuxième temps que nous nous rendons compte à quel point c’était difficile, lorsqu’on y repense et qu’on en discute. »
En République démocratique du Congo, les accouchements ont lieu sous les tirs

Dans l’est de la République démocratique du Congo, la plupart des établissements assurant des soins de santé maternelle ont été bombardés ou pillés, comme un entrepôt de l’UNFPA stockant des produits essentiels tels que des kits de santé reproductive, des kits d’accouchement, des contraceptifs, des médicaments, des lits et des tentes.
Dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, l’UNFPA s’est entretenue avec Mme Toyata, qui a été déplacée en février 2023. Arrivant au terme de sa grossesse, elle a dû traverser l’obscurité et le chaos, accompagnée de sa mère, pour se rendre dans une clinique de santé mobile soutenue par l’UNFPA afin d’y accoucher.
Alors que seul un tiers des hôpitaux de la région et un établissement de santé sur cinq sont en capacité de fonctionner, les équipes de santé mobiles de l’UNFPA représentent bien souvent la seule option à la disposition des femmes. « C’est pour les femmes comme Francine que nous faisons ce travail », explique sa sage-femme, Nelly. « Nous n’étions pas en sécurité. Nous avons besoin d’un plus grand soutien pour répondre à ces besoins urgents. »
Alors que le conflit s’envenime, les bombes frappent désormais les camps accueillant la population déplacée en interne. Les cliniques de santé mobiles et les centres d’écoute de l’UNFPA ont par ailleurs été pillés et détruits, les contraignant à suspendre temporairement leurs services, réduisant ainsi davantage les options disponibles pour les personnes qui en ont pourtant cruellement besoin.
Nous appelons à agir au nom de l’humanité
Le courage et le dévouement dont font preuve les femmes et les hommes qui risquent leur vie pour sauver celle des autres méritent le maximum pour les protéger du danger. À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, l’UNFPA demande aux leaders de mettre fin à la violence, d’agir au nom de l’humanité pour mettre un terme à l’impunité, et de s’engager pleinement pour garantir les soins de santé en tant que droit fondamental de la personne, même au cœur de la guerre.