Il y a près de 30 ans, Patrick Ngigi était enseignant dans le comté kenyan de Narok lorsqu’une élève lui a demandé de l’aide. Cela a complètement changé sa vie.
« En 1997, j’étais professeur principal lorsqu’une jeune fille est venue me supplier de l’aider, afin qu’on ne la marie pas », raconte-t-il. « Je l’ai emmenée chez ma mère, car il n’existait aucun centre ou refuge. C’est ainsi qu’est né le centre de secours Mission with a Vision. »

La vie de Patrick n’a pas été la seule à en être bouleversée. Au fil des années, son centre est venu en aide à près de 3 500 jeunes filles, leur permettant d’échapper aux mutilations génitales, au mariage d’enfants, au viol et à d’autres formes de violence basée sur le genre. Le centre accueille désormais jusqu’à 120 jeunes filles dans deux bâtiments. Patrick est très fier de contribuer à changer les choses, mais note que c’est encore un combat difficile.
« Il n’y a aucune conséquence positive aux mutilations génitales féminines […] seulement une souffrance durable »

Dans tout le comté de Narok, plus de la moitié des filles sont soumises aux mutilations génitales, une violation des droits humains très douloureuse et potentiellement mortelle. Malgré l’interdiction nationale de ces pratiques, elles restent répandues, en particulier dans les zones rurales, et sont très fréquentes dans la communauté maasaï.
Pour faire évoluer la situation, Patrick et ses partenaires se concentrent notamment sur les possibilités offertes par les dialogues communautaires. Ceux-ci peuvent consister en des sessions d’implication masculine à destination des seniors maasaï, mais aussi des jeunes hommes, appelés « morans », ou bien en des dialogues plus larges avec des survivantes de mutilations génitales féminines et des militant·e·s. Patrick est convaincu que l’éducation est le meilleur moteur de changement.








L’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive, soutient à la fois Mission with a Vision et les dialogues communautaires eux-mêmes, ainsi que plusieurs initiatives de prévention, en plus de proposer de l’aide aux survivantes.
Ces activités se font dans le cadre du Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des mutilations génitales féminines, qui est le plus grand programme mondial pour l’accélération de l’élimination de ces pratiques néfastes, et qui est actif dans 18 pays.

Au centre de secours, les filles et jeunes femmes reçoivent de l’aide pour réaliser leur potentiel. Elles peuvent reprendre une scolarité qu’elles avaient dû abandonner en quittant leur famille, et acquérir des compétences dans un environnement familial et encourageant.









Cynthia, 23 ans, a échappé aux mutilations génitales à l’âge de 11 ans. Elle vit au centre depuis 13 ans et y est désormais employée ; elle propose son soutien et ses encouragements aux jeunes filles. Elle a étudié la gestion de l’approvisionnement et des acquisitions et pense avoir une belle carrière de cheffe d’entreprise.
« Je viens d’une famille très nombreuse. Pour beaucoup de jeunes filles, le mariage précoce et les mutilations génitales sont décidés sans leur avis, avant même qu’elles puissent exprimer un choix. Ma petite sœur et moi nous sommes enfuies à l’aube sans que mon père s’en aperçoive. C’était le seul moyen de préserver notre avenir et de poursuivre nos études. Lorsque la communauté s’est rendu compte que nous étions dans un refuge, ma mère en a payé le prix : on s’est moqué d’elle, elle s’est retrouvée isolée et reniée à cause de nous », déplore-t-elle.
« Aujourd’hui, je fais partie des leaders ici. Je soutiens les plus jeunes, je les aide à rester à l’école et je leur rappelle que leur avenir a de la valeur. Il n’y a aucune conséquence positive aux mutilations génitales féminines ; ce que racontent les filles, c’est la douleur, les saignements et une souffrance durable. »


« J’aimais beaucoup apprendre, alors je me suis enfuie. »

Cecilia, 24 ans, également résidente au centre, vient d’obtenir son diplôme en psychothérapie, et ses colocataires comme le personnel du centre fêtent sa réussite avec elle.
Cecilia a refusé les mutilations génitales féminines. « J’aimais apprendre, alors je me suis enfuie », se souvient-elle. « On me stigmatise encore aujourd’hui », dit-elle en évoquant sa communauté, « mais je m’en fiche. Je voulais changer de vie ». Sa décision d’étudier pour devenir thérapeute a été influencée par son expérience personnelle : elle aussi a été une jeune fille qui avait besoin d’aide. « Aujourd’hui, je veux être cette aide. »


Chaque fille qui échappe aux mutilations génitales et au mariage d’enfant, puis toutes ses réussites, sont des succès célébrés par le centre tout entier, et plus largement par le mouvement local et mondial contre les mutilations génitales féminines.