« Nous sommes parti·e·s avec rien d’autre que nos vies en bandoulière », déclare Anna, expliquant comment elle a fui sa maison avec ses cinq enfants, en plein conflit armé dans l’état soudanais du Kordofan du sud. Le périple a été harassant : alors qu’elle traversait avec les enfants une forêt en quête d’un refuge, des combattants ont tenté de les abattre.
« Les personnes avec qui nous voyagions n’ont pas toutes survécu », raconte-t-elle à l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive. « Un homme a été tué par balle. Un autre a été enlevé et nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. »
Avec ses enfants, Anna a réussi à atteindre le camp d’Abou Al Naja dans la ville d’Al-Qadarif, à près de 1 000 km de leur maison, située à Kadugli. Au camp, une équipe de santé mobile soutenue par l’UNFPA était prête à les accueillir, en proposant des soins de santé et un soutien émotionnel essentiel.
Le mari d’Anna n’est pas auprès de sa famille – il a disparu dans le chaos de la guerre, et on craint qu’il ne soit mort.

Anna et ses enfants font partie des dizaines de milliers de personnes qui ont été déplacées depuis la région du Kordofan, une zone qui est devenue une véritable poudrière dans la guerre qui fait rage au Soudan.
Le pays connaît la plus grosse crise du déplacement au niveau mondial, avec près de 13,6 millions de personnes déracinées par les combats – 9,3 millions déplacées à l’intérieur du pays et 4,3 millions cherchant refuge dans les pays voisins. Cette guerre est marquée par les atrocités commises à l’encontre de la population civile, notamment des meurtres de masse et des viols.

« Nos maisons ont été détruites. Nous n’avons nulle part où rentrer. »


L’UNFPA soutient l’équipe mobile de santé du camp d’Abou Al Naja en proposant des soins de santé physique et mentale, des médicaments essentiels, notamment pour la prise en charge clinique des cas de viol, et des services d’orientation. Il y a également des sages-femmes pour assurer la sécurité des accouchements ainsi que des soins pré et postnatals.
« Les soins de santé, ce ne sont pas seulement les médicaments. Il s’agit aussi d’offrir soutien, sécurité et dignité. »




La Dr Rayan Youssef est médecin généraliste au sein de l’équipe mobile du camp et est elle-même une personne déplacée. Elle propose des services complets de santé reproductive, et une aide aux survivantes de violence basée sur le genre.
« L’un des cas qui m’a le plus touché était celui d’une survivante de violence basée sur le genre », se souvient-elle. « Elle est arrivée à la clinique dans un état de grande fragilité psychologique et avait des blessures visibles. Avec les soins médicaux et le suivi adaptés, son état s’est amélioré et elle a quitté la clinique plus forte, mentalement comme physiquement. Les soins de santé, ce ne sont pas seulement les médicaments. Il s’agit aussi d’offrir soutien, sécurité et dignité. »
Son travail la touche de manière très personnelle : « ce qui donne du sens à mon travail, c’est que je m’occupe de personnes soudanaises déplacées comme moi, des personnes de ma propre communauté qui vivent des choses extrêmement difficiles. »



Shaimaa Ahmed, assistante sage-femme au sein de l’équipe mobile, souligne l’importance de disposer de services de santé gratuits et accessibles dans le camp, car de nombreuses femmes enceintes n’auraient pas d’autre moyen d’accéder à des soins prénatals.
« La présence d’une sage-femme au sein du camp fait toute la différence », affirme-t-elle. « Sans sage-femme, il n’y a souvent pas d’assistance qualifiée lors des accouchements, par exemple pour couper le cordon ombilical correctement ou bien prendre en charge des complications comme les saignements. Les hémorragies postpartum peuvent provoquer la mort, et sans sage-femme qualifiée, ce risque est beaucoup plus élevé. »
Elle ajoute que les sages-femmes apportent leur aide aux femmes de nombreuses manières, avant, pendant et après l’accouchement. « Nous proposons un suivi psychosocial continu. Les soins de suivi ne comprennent pas seulement le traitement, il s’agit aussi de rassurer et de proposer un soutien émotionnel. »
L’équipe travaille dans des circonstances extrêmement difficiles, souvent avec peu de matériel, et s’occupe de personnes traumatisées.

Ismail Al-Zubair est pharmacien et se dit très inquiet de la pénurie de médicaments, alors que les personnes déplacées continuent d’affluer et que le matériel vient à manquer. « De nombreuses personnes ont besoin d’un traitement », explique-t-il. « Je trouve cela gratifiant lorsque nous pouvons fournir les médicaments nécessaires et atténuer la souffrance de quelqu’un. Nous avons déjà connu des pénuries, et même si les choses se sont un peu améliorées, nous n’avons qu’un stock limité. J’espère que tous les médicaments essentiels seront à nouveau disponibles afin que nous puissions soigner l’ensemble des patient·e·s et répondre à tous leurs besoins. »
Pour les femmes comme Anna et Mona, ce camp sera un foyer dans l’immédiat avenir. Retourner chez elles n’est pas possible vu les niveaux de violence actuels. « Nos maisons ont été détruites. Nous n’avons nulle part où rentrer », déplore Mona, ajoutant que la vie à Kadugli était « impossible à supporter ».
L’UNFPA et ses partenaires continueront à offrir leur soutien tout au long de cette crise qui dure depuis longtemps déjà. Ils font écho à l’appel du Secrétaire général de l’ONU à ce que toutes les parties respectent et protègent la population civile au Soudan, et autorisent et facilitent le passage sans entrave de l’aide humanitaire.