Au Paraguay, où près de 8 femmes sur 10 ont déjà subi au moins une forme de violence basée sur le genre au cours de leur vie, des jeunes femmes scientifiques, athlètes, musiciennes ou d’autres branches s’efforcent de lutter contre ce destin, en ralliant une campagne dirigée par l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l’agence chargée de la santé sexuelle et reproductive.
Cette initiative, ¡Quiero vivir así! Sin Violencia, se sert des réseaux sociaux, des concerts et des activités communautaires telles que la peinture de fresques pour sensibiliser au droit à vivre dans un monde libre de toute violence. Elle a obtenu le soutien des secteurs public et privé, d’organisations de la société civile et d’institutions sportives, et ne cesse de rassembler depuis son lancement en 2022.
Des jeunes femmes participant à l’initiative nous racontent leur expérience et ce qu’elles ont appris : lorsque les filles se soutiennent mutuellement, elles peuvent réaliser leurs rêves, mais aussi vivre leur vie sans subir de violences.

« Le sport joue un rôle essentiel dans la prévention de la violence, car il offre une sensation d’appartenance à un groupe, dans un environnement sain. L’autonomie va de pair avec cela : une fois qu’on réalise qu’on a des compétences, on prend confiance en soi, et cela ne nous quitte plus. »
Jennifer, karatéka professionnelle au sein de l’équipe du Paraguay, a commencé son parcours vers le haut niveau lorsqu’elle était encore enfant, en participant à des cours avec ses frères. Elle est convaincue que garantir des opportunités égales pour toutes et tous, et ce dès le plus jeune âge, est un facteur clé dans l’autonomisation des filles, afin qu’elles puissent à la fois se protéger par elles-mêmes et subvenir à leurs propres besoins.
Jennifer participe à une vidéo pour la campagne de lutte contre la violence.
« Ce qui m’intéresse vraiment, c’est de faire en sorte que les gens comprennent que le karaté, ce n’est pas [uniquement pour les garçons] », déclare Jennifer. « Je recommande à tous les parents de se renseigner sur cette discipline, car c’est important que leurs filles sachent se défendre. » Pour cela, elle enseigne aux jeunes athlètes et vise un diplôme de gestion professionnelle du sport, tout en poursuivant la compétition. Son prochain objectif ? Participer aux Jeux panaméricains 2027.

Estefanía fait partie d’un groupe afro-paraguayen de percussionnistes, qui est constitué uniquement de femmes et contribue à redéfinir les normes de genre de ce style musical.
Le groupe, qui s’appelle Kuña Afro, a fait ses débuts avec grand bruit (littéralement !) lors de la Journée internationale des femmes en 2018, lors de laquelle on les a vues frapper énergiquement sur leurs percussions. « Jusqu’à ce que Kuña Afro décide de changer les choses, les percussions étaient un domaine exclusivement masculin », explique Estefanía.

Kuña Afro est bien plus qu’un groupe, c’est un réseau. Les femmes et filles afro-paraguayennes sont exposées de manière disproportionnée à la violence, à cause de la superposition du racisme et du sexisme. Le groupe met à l’honneur la culture afro-paraguayenne pendant ses concerts, et propose des ateliers permettant de découvrir et comprendre cette culture, de lutter contre le racisme et d’améliorer la sensibilisation aux droits.
« Avant, je ne m’acceptais pas. Je voulais avoir les cheveux raides, et je me sentais mal quand mes camarades de classe se moquaient de ma couleur de peau. Désormais, je suis fière de mes cheveux frisés, de ma peau et de mes racines. »


« Ce n’est pas facile d’être scientifique au Paraguay, encore moins quand on est une femme, mais j’encourage vraiment les filles à ne pas abandonner leurs rêves », déclare Rocío, qui travaille depuis plus de 15 ans comme chercheuse, consultante et éducatrice environnementale. « Je leur explique que c’est possible. »

Pour Rocío, l’accès des filles à l’éducation est fondamental dans l’élimination de la violence basée sur le genre. « Je défendrai toujours l’éducation et l’instruction des femmes, ainsi que l’importance de rester informées de nos droits. » Elle pousse également les femmes et les filles à s’intéresser à la science, ouvrant ainsi la voie à de futures dirigeantes dans ce domaine principalement masculin.

« Les filles peuvent rêver d’être scientifiques et le devenir. »

Claudia, membre de l’équipe féminine de football du Paraguay, est reconnue au niveau international comme « talent à suivre », pour sa capacité à marquer des buts.

La mère de Claudia, employée de maison, et son père, ouvrier agricole, ont toujours soutenu sa passion, malgré leur manque de ressources. Claudia encourage tout le monde, en particulier les enfants, à poursuivre leurs rêves : « chaque fois qu’ils ou elles disent “voilà ce que je veux”, ils et elles devraient savoir que c’est possible. Venir d’une famille modeste ou ce genre de chose ne signifie pas qu’on ne peut pas aller loin. »

« Si on est victime de violence, il ne faut pas se taire. Il faut trouver quelqu’un en qui avoir confiance, un ou une adulte si possible, qui pourra demander de l’aide. »

Dalma, chanteuse du groupe Bohemia Guaraní, est une musicienne de guarania, un genre de musique né au Paraguay. Lorsqu’elle a découvert pour la première fois ce style mélodique et rythmique à l’école, cela a été « le coup de foudre ».
Dalma, qui a été victime de harcèlement à l’adolescence, a finalement trouvé l’inspiration dans la musique. « J’avais l’impression de valoir moins que les autres. Mon estime de moi était en miettes », dit-elle. « Les cours de guitare sont devenus le lieu sécurisant que je recherchais. »

Dalma se sert de sa voix pour chanter, mais aussi pour soutenir les Paraguayennes dans le cadre de la campagne de lutte contre la violence. « Demander de l’aide, ce n’est pas une faiblesse, c’est une façon d’exercer son pouvoir d’action, une force, la preuve qu’on sait qu’on a besoin les unes des autres », souligne-t-elle.


Fiorella représente le Paraguay dans l’équipe nationale de squash depuis qu’elle a 10 ans. « Les femmes ont les mêmes capacités que les hommes. On devrait toujours les encourager », affirme-t-elle. « Ma mission, c’est d’atteindre l’égalité dans les sports. »
« Je suis contente d’être perçue comme un modèle dans ce sport. Je ne m’étais jamais vue comme ça, car c’est moi qui ai des modèles ! »

Fiorella apprécie le soutien qu’elle a reçu de sa famille et de ses amies, et fait remarquer la puissance des amitiés dans la réalisation de leur potentiel par les filles : « pour moi, c’est super important de se soutenir mutuellement, pour qu’aucune de nous ne se sente seule », dit-elle. « Ce qui m’a frappée dans ce sport, c’est de voir qu’il y a beaucoup de filles comme moi qui sacrifient des heures et des heures pour faire ce qu’elles aiment ; j’ai senti que je n’étais pas seule, que nous partagions toutes le même objectif et la même passion. »
Selon la jeune femme, vivre sans violence aide les filles à pouvoir poursuivre leurs objectifs, quels qu’ils soient. « Pour moi, une vie sans violence, c’est pouvoir vivre en paix et en sécurité. »
